Vivre au Danemark
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CopenHill (Amager Bakke) de Bjarke Ingels vu depuis le port de Copenhague, avec sa toiture en pente de piste de ski

Bjarke Ingels : voir l'architecture BIG en vrai au Danemark

Star mondiale de l'architecture, le Danois Bjarke Ingels a rempli Copenhague de bâtiments audacieux. Voici qui il est et où admirer les réalisations de son agence BIG.

Bjarke IngelsCopenHill8 House

Bjarke Ingels est l'architecte danois le plus connu de sa génération et le fondateur de l'agence BIG. Sa force, c'est d'avoir semé ses bâtiments dans sa ville natale : à Copenhague, on peut skier sur son incinérateur, habiter dans un immeuble en forme de 8 et traverser un parc rempli d'objets venus de 60 pays. Cette page raconte qui il est, puis liste précisément les réalisations de BIG à voir en vrai au Danemark.

Pas besoin d'être passionné d'architecture pour en profiter. La plupart de ces lieux se visitent librement, se grimpent ou se longent à vélo, et forment un itinéraire moderne qui complète à merveille les classiques de la visite de Copenhague.

Qui est Bjarke Ingels ?

Bjarke Ingels naît le 2 octobre 1974 à Copenhague. Il voulait d'abord devenir dessinateur de bande dessinée, et cette culture du récit et de l'image se retrouve dans sa façon de présenter ses projets. Il étudie à l'Académie royale des beaux-arts de Copenhague puis à l'école d'architecture de Barcelone, avant de rejoindre à Rotterdam l'agence OMA du théoricien Rem Koolhaas, une école de rigueur conceptuelle qui marquera durablement sa manière de penser.

En 2001, il cofonde le studio PLOT avec le Belge Julien De Smedt. Les VM Houses et les Mountain Dwellings d'Ørestad, encore signés PLOT, imposent déjà sa marque de fabrique : transformer une contrainte d'urbanisme en idée spectaculaire. Après la séparation du duo, il fonde en 2005 sa propre agence, BIG, pour Bjarke Ingels Group. Le nom est un clin d'œil autant qu'un programme.

Vingt ans plus tard, BIG emploie plus de 700 personnes et travaille sur tous les continents, avec des bureaux à Copenhague, New York, Londres et Barcelone. Bjarke Ingels est devenu une vraie star, présent dans les documentaires, les conférences TED et jusque dans les projets spatiaux. Mais son terrain de jeu d'origine reste le Danemark, où l'on croise ses bâtiments dans le paysage quotidien.

L'utopie pragmatique et la durabilité hédoniste

La philosophie de Bjarke Ingels tient en deux formules qu'il répète volontiers. La première est l'utopie pragmatique : au lieu d'opposer le rêve et le réel, il cherche à rendre le rêve réalisable dès maintenant, avec les budgets, les règles et les terrains existants. Chaque contrainte devient un point de départ plutôt qu'un obstacle, une méthode qu'il résume dans son livre-manifeste de 2009 au titre provocateur, Yes Is More.

La seconde formule est la durabilité hédoniste. L'idée est simple : une ville écologique ne doit pas être punitive ni triste, elle peut au contraire être plus agréable à vivre. Un bâtiment vertueux qui produit de l'énergie propre peut aussi offrir une piste de ski, un toit vert ou une vue imprenable. Le devoir environnemental et le plaisir ne s'excluent pas, ils se renforcent.

Cette approche prolonge à l'échelle de la ville l'esprit fonctionnaliste du design danois d'Arne Jacobsen et Hans Wegner: la forme suit l'usage, mais avec le sourire. On y retrouve aussi le goût danois du bien vivre au quotidien, la même recherche de confort partagé que le hygge, transposée du salon à l'espace public.

Les bâtiments BIG à voir au Danemark

Voici la carte mentale des réalisations à ne pas manquer, classées par zone. La colonne « particularité » donne en une phrase ce qui rend chaque bâtiment unique. Sélectionnez un onglet pour passer de Copenhague au reste du Danemark, puis aux projets internationaux qui ont fait la réputation mondiale de l'agence.

Le cœur de l'œuvre danoise de BIG se concentre dans deux quartiers : le nouveau district d'Ørestad, au sud, et le front de mer d'Amager et Nordhavn. Tout est accessible en métro.

BâtimentVilleAnnéeParticularité
CopenHill (Amager Bakke)Copenhague (Amager)2019Usine de valorisation des déchets surmontée d'une piste de ski, d'un mur d'escalade de 85 m et d'un sentier de randonnée.
8 House (8-Tallet)Ørestad2010Immeuble résidentiel en forme de 8 traversé par une rampe cyclable qui grimpe jusqu'aux étages supérieurs.
Mountain Dwellings (Bjerget)Ørestad2008Logements en gradins posés sur un parking, avec des terrasses-jardins qui dessinent un flanc de montagne.
VM Houses (VM Husene)Ørestad2005Deux immeubles en V et en M hérissés de balcons triangulaires, projet fondateur de l'ère PLOT.
SuperkilenNørrebro (Copenhague)2012Parc urbain multiculturel garni de mobilier venu de 60 pays, avec sa célèbre place rouge et son marché noir strié de blanc.
Siège de BIGNordhavn (Copenhague)2024Nouveau quartier général de l'agence, posé comme un pont sur une jetée du port industriel.

Années d'inauguration indicatives. Les VM Houses et les Mountain Dwellings ont été conçues sous le studio PLOT, avant la création de BIG en 2005.

CopenHill : skier sur un incinérateur

Si vous ne voyez qu'un seul bâtiment de BIG, que ce soit CopenHill, aussi appelé Amager Bakke. Derrière cette pente de tôle grise se cache une usine de valorisation énergétique des déchets parmi les plus propres d'Europe, inaugurée en 2019. Plutôt que de cacher l'équipement, Bjarke Ingels a coiffé le toit d'une piste de ski d'environ 400 mètres, ouverte toute l'année grâce à un revêtement synthétique, doublée d'un mur d'escalade de 85 mètres, l'un des plus hauts du monde.

Le meilleur reste accessible à tous : un sentier de randonnée gratuit grimpe jusqu'au sommet, d'où la vue balaie tout Copenhague et l'Øresund. On peut aussi se contenter de boire un verre au bar du toit. Pour skier, comptez un forfait autour de 250 DKK (environ 34 EUR) l'heure, tarif indicatif à confirmer sur place.

Bon à savoir : CopenHill se dresse sur la presqu'île industrielle d'Amager, juste en face de Refshaleøen et son marché de street food Reffen. On enchaîne facilement la montée sur le toit et un déjeuner sur les docks, dans le Copenhague post-industriel le plus vivant du moment.

Ørestad : la 8 House et le laboratoire de logements

Au sud de Copenhague, le quartier neuf d'Ørestad a servi de terrain d'essai à Bjarke Ingels. La vedette est la 8 House, un immeuble résidentiel de 2010 dont le plan dessine un grand 8. Sa trouvaille est une rampe continue qui fait le tour du bâtiment et permet de monter à vélo ou à pied jusqu'aux étages supérieurs, comme une rue de village enroulée en hauteur. Elle réunit logements, bureaux et commerces dans un même ruban habité.

À côté, les Mountain Dwellings de 2008 empilent des appartements en gradins sur un parking, chacun avec sa terrasse-jardin exposée au sud, si bien que l'ensemble ressemble à un flanc de montagne planté au milieu de la plaine. Un peu plus loin, les VM Houses de 2005, ces deux barres en forme de V et de M, se hérissent de balcons triangulaires pointés vers le ciel. Ensemble, ces trois projets forment une leçon d'architecture accessible en une seule station de métro.

Ce sont des immeubles habités, pas des musées : on les découvre depuis l'extérieur et depuis les espaces publics, sans déranger les résidents. La ligne M1 du métro (stations Ørestad et Vestamager) dépose au pied des bâtiments, à une quinzaine de minutes du centre.

Superkilen et le nouveau siège de BIG

Changement d'échelle avec Superkilen, un parc urbain de 2012 aménagé dans le quartier populaire et multiculturel de Nørrebro. BIG y a rassemblé plus d'une centaine d'objets de mobilier urbain rapportés de 60 pays, des balançoires d'Irak aux enseignes lumineuses de Russie, pour célébrer la diversité des habitants. On y traverse trois ambiances : une place rouge vif, un marché noir strié de lignes blanches autour d'une fontaine, et un parc vert plus paisible. C'est gratuit, à ciel ouvert, et très photogénique.

Depuis 2024, l'agence a aussi son propre monument à visiter de l'extérieur : le nouveau siège de BIG, posé comme un pont vitré sur une jetée du port de Nordhavn. Le bâtiment s'ouvre sur l'eau et se prolonge par un parc public accessible à tous, une manière très danoise de ne pas garder la vue sur le port pour soi seul. C'est le dernier maillon en date de l'itinéraire BIG dans la capitale.

Au-delà de Copenhague : LEGO House, Helsingør et Aarhus

Le chef-d'œuvre provincial de BIG se trouve à Billund, dans le Jutland, berceau de la marque LEGO. La LEGO House de 2017 empile 21 blocs blancs géants comme autant de briques, coiffés de terrasses publiques gratuites et d'une grande brique rouge en guise de sommet. À l'intérieur, les zones de jeu se réservent, mais la place couverte du rez-de-chaussée et les toits se parcourent librement. C'est une étape idéale à combiner avec Legoland pour un voyage en famille.

Deux autres adresses complètent le parcours. À Helsingør, le Musée maritime du Danemark de 2013 est un tour de force discret : entièrement enterré autour d'une ancienne cale sèche, il laisse la vedette au château voisin de Kronborg. À Aarhus, l'ensemble résidentiel The Iceberg (Isbjerget) dresse au bord de l'eau des façades blanches taillées en pics, comme une banquise de logements. On le voit très bien lors d'une balade sur le port de la deuxième ville du pays, autour du musée ARoS.

L'itinéraire architecture moderne de Copenhague

Vous pouvez enchaîner l'essentiel des bâtiments copenhaguois de BIG en une demi-journée à une journée, à condition de bien enchaîner métro et vélo. Voici un ordre logique.

  • 1.Le matin, cap sur Ørestad par la ligne M1 pour la 8 House, les Mountain Dwellings et les VM Houses, groupées autour des stations Ørestad et Vestamager.
  • 2.Rejoignez CopenHill sur Amager pour la montée gratuite sur le toit, puis un déjeuner de street food à Refshaleøen, juste en face.
  • 3.L'après-midi, remontez vers Nørrebro pour flâner dans Superkilen, puis vers Nordhavn pour le nouveau siège de BIG et son parc au bord de l'eau.
  • 4.Pour prolonger côté design d'intérieur et beaux-arts, ajoutez une visite des grands musées de Copenhague et de Louisiana.

À vélo, la ville se prête parfaitement à ce genre de parcours, avec ses pistes cyclables larges et ses ponts réservés aux deux-roues. C'est d'ailleurs le meilleur moyen de comprendre l'urbanisme de Bjarke Ingels, pensé pour des habitants qui pédalent, marchent et occupent les toits.

BIG dans le monde, en quelques bâtiments

Le style de Bjarke Ingels a depuis longtemps quitté le Danemark. À New York, la tour VIA 57 West de 2016 invente le « courtscraper », un gratte-ciel pyramidal creusé d'une cour intérieure. En Norvège, The Twist se tord à 90 degrés au-dessus d'une rivière pour servir de musée et de pont. La côte canadienne a sa Vancouver House, tour qui s'élargit en montant, et l'agence a aussi dessiné des campus pour Google et un gratte-ciel jumeau au pied du World Trade Center.

La France n'est pas en reste : à Bordeaux, la MÉCA de 2019, grande boucle de béton habitée, applique la même logique de bâtiment public traversant que l'on retrouve à Copenhague. Partout, la recette est reconnaissable, une idée forte et lisible, un geste qui transforme la contrainte en signature.

Fortune, famille et film : Bjarke Ingels en bref

La question de la fortune de Bjarke Ingels revient souvent, mais aucun chiffre officiel n'existe. Les estimations qui circulent vont de quelques millions à plusieurs dizaines de millions de dollars, sans source fiable. Sa valeur tient surtout à sa part dans BIG, une agence privée de plus de 700 personnes, pas à un patrimoine déclaré publiquement. Mieux vaut retenir son influence que ces montants invérifiables.

Côté vie privée, Bjarke Ingels partage sa vie avec l'architecte espagnole Ruth Otero, avec qui il a un fils, Darwin. Son parcours a inspiré le documentaire Big Time, sorti en 2017, qui le suit pendant les années charnières où l'agence conquiert New York. Un bon point de départ, à voir avant ou après avoir arpenté ses bâtiments danois pour de vrai.

Questions fréquentes

Culture et design danois