
Refshaleøen : le chantier naval devenu quartier créatif
Reffen, Noma, CopenHill, bains de port et ateliers d'artistes. L'ancien chantier naval de Copenhague est devenu son laboratoire à ciel ouvert.
Refshaleøen est une ancienne île industrielle du port de Copenhague, aujourd'hui rattachée à Amager, où l'immense chantier naval Burmeister & Wain a construit des navires pendant plus d'un siècle avant de fermer en 1996. La friche est devenue le quartier le plus créatif de la ville : c'est là que se trouvent Reffen, le plus grand marché de street food du nord de l'Europe, le restaurant Noma et, juste à côté, la piste de ski CopenHill.
Cette page prend l'angle du résident et de la découverte, pas seulement de la visite express. On regarde ce qui fait vraiment vivre le quartier au fil des saisons : les halles réhabilitées, les bains de port, les événements, l'ambiance de bord d'eau et les projets de logements qui dessinent son avenir. Pour l'itinéraire touristique pur du marché, reportez-vous à notre guide de Reffen et la street food.
Refshaleøen en pratique
Comment s'y rendre
- Vélo : 10 à 15 min du centre par Christianshavn
- Bus 2A jusqu'au quartier
- Bus-bateau jaune (havnebus) à proximité
- Navette maritime saisonnière vers Reffen l'été
- Voiture : stationnement sur place
Ce qu'on y trouve
- Reffen, marché de street food
- Noma et adresses gastronomiques
- CopenHill (ski et randonnée sur le toit)
- Bains de port, saunas, La Banchina
- Ateliers d'artistes et halles B&W
Quand y aller
- Été : Reffen, terrasses, baignade, festivals
- Printemps et automne : marché en demi-saison
- Hiver : CopenHill, expos, saunas au bord de l'eau
- Reffen ouvre environ d'avril à fin septembre
Repères indicatifs 2026. Horaires et tarifs à vérifier sur les sites officiels avant de vous déplacer. 1 EUR ≈ 7,46 DKK.
D'un chantier naval à un laboratoire urbain
Pendant plus d'un siècle, Refshaleøen a vécu au rythme des chantiers Burmeister & Wain (B&W), l'un des plus grands constructeurs navals d'Europe du Nord. Des milliers d'ouvriers y assemblaient des cargos et des moteurs sur cette langue de terre gagnée sur le port. La fermeture du chantier en 1996 a laissé un paysage de hangars, de cales et de halles gigantesques, dont les fameuses B&W Hallerne, posé au bord de l'eau et coupé du reste de la ville.
Plutôt que de raser ce patrimoine, Copenhague a laissé le lieu se réinventer par le bas, avec des baux temporaires et des loyers modérés. Des artistes, des artisans, des start-ups et des collectifs culturels ont occupé les entrepôts. En quelques années, la friche est devenue un terrain de jeu pour la scène créative danoise, à mi-chemin entre le port de travail et le quartier de sortie. C'est cette logique de reconversion douce, très danoise, qui fait aujourd'hui l'identité de Refshaleøen.
Le quartier prolonge à sa manière l'esprit des rives voisines. À un coup de pédale, la petite Amsterdam de Christianshavn et la ville libre de Christiania rappellent que Copenhague aime les lieux qui inventent leurs propres règles.
Reffen, le plus grand marché de street food du nord
Reffen est le cœur populaire de Refshaleøen. Installé depuis 2018 dans une enfilade de conteneurs et de hangars face au bassin, il aligne une cinquantaine de stands qui vont des tacos aux ramen, du smørrebrød danois aux falafels, sans oublier les bars à bière artisanale. L'entrée est gratuite et l'ambiance décontractée, avec de longues tablées en bois, des concerts et des couchers de soleil sur l'eau en été.
Côté budget, comptez 60 à 150 DKK (8 à 20 EUR) par plat, ce qui reste raisonnable pour Copenhague. Le marché fonctionne surtout à la belle saison, environ d'avril à fin septembre, avec des horaires réduits en demi-saison. Reffen prend la suite du Copenhagen Street Food de Papirøen (Paper Island), fermé en 2017 pour laisser place à un nouveau projet immobilier : les mêmes organisateurs ont simplement traversé le port pour s'installer sur un site bien plus vaste.
Pour le détail des stands, des horaires exacts et des conseils de visite, notre guide dédié à Reffen et à la street food de Copenhague complète cette page côté tourisme.
Noma et la New Nordic à Refshalevej
À l'autre bout du spectre, Refshaleøen abrite Noma, le restaurant de René Redzepi élu à plusieurs reprises meilleur du monde. Installé sur Refshalevej depuis 2018, dans un ensemble de bâtiments bas entourés de serres et de jardins, il a fait de la fermentation et des ingrédients sauvages nordiques une signature reprise sur toute la planète. Son menu dégustation, autour de 3 000 à 3 500 DKK (400 à 470 EUR) hors boissons, se décline en saisons : fruits de mer, légumes, puis gibier et forêt.
Fin 2024, Noma a annoncé sa mutation en laboratoire culinaire, une sorte de Noma 3.0 tourné vers la recherche et des saisons ponctuelles plutôt qu'un service quotidien. Le restaurant reste malgré tout l'emblème de la réputation gastronomique du quartier, qui compte aussi des adresses plus accessibles comme des rôtisseries, des bars à vin nature et des brasseries artisanales installées dans les anciens ateliers.
Cette concentration n'a rien d'un hasard : Refshaleøen est devenu un symbole de la New Nordic Cuisine portée par Noma et Geranium, qui a replacé Copenhague sur la carte mondiale de la gastronomie.
CopenHill, skier sur un incinérateur
Impossible de manquer la silhouette de CopenHill, aussi appelé Amager Bakke, qui domine l'entrée du quartier. Cet incinérateur nouvelle génération, conçu par le cabinet BIG, transforme les déchets de la ville en chauffage et en électricité, tout en accueillant sur son toit une piste de ski artificielle, un sentier de randonnée et l'un des plus hauts murs d'escalade du monde. Inauguré en 2019, il incarne l'idée danoise que même une usine peut devenir un équipement public désirable.
Pour skier, snowboarder ou luger sur la pente en revêtement synthétique, comptez un forfait horaire autour de 150 à 250 DKK (20 à 34 EUR) selon la saison, avec de la location de matériel sur place. Bonne nouvelle pour les budgets serrés : grimper jusqu'au sommet par le sentier extérieur, profiter de la vue sur le port et redescendre à pied ne coûte rien. Le toit est devenu un but de balade à part entière, été comme hiver.
CopenHill est la vitrine d'une génération d'architecture qui a redessiné Copenhague, celle de Bjarke Ingels et de l'agence BIG, que l'on retrouve un peu partout dans la ville.
Bains de port, saunas et bord d'eau
Le rapport à l'eau fait beaucoup pour l'atmosphère de Refshaleøen. La baignade dans le port, propre depuis des années, y est un rituel local : on plonge depuis les pontons entre deux plats de street food, et l'on se réchauffe dans un sauna face au large. La Banchina, minuscule bar à vin nature installé sur le quai avec son sauna et son échelle de baignade, est devenue une adresse culte pour les Copenhaguois qui viennent y voir le soleil se coucher sur l'eau.
Cette culture du bain de port se vit toute l'année, y compris en hiver avec la mode du winter bathing, le bain froid suivi du sauna. C'est aussi l'un des visages de l'art de vivre local, à rapprocher des codes culturels danois, du hygge à la folkelighed.
Concerts, festivals et art contemporain
Les vastes halles héritées du chantier naval ont trouvé une seconde vie comme salles d'événements. Copenhagen Contemporary, grand centre d'art contemporain, occupe une partie des B&W Hallerne avec des installations monumentales. Le reste de l'année, le site accueille des concerts, des salons et des expositions qui profitent de la hauteur sous plafond et du volume industriel des lieux.
L'été, Refshaleøen devient une scène en plein air. Le festival de métal Copenhell rassemble des dizaines de milliers de spectateurs sur l'ancien chantier, et la clôture de Distortion, la grande fête de rue de la ville, s'installe sur le front d'eau du quartier. Le calendrier complet est à retrouver dans notre guide des festivals danois, de Roskilde à Distortion.
Y habiter demain : les projets de logements
Peut-on vivre à Refshaleøen ? Pour l'instant, à peine. Le quartier reste avant tout un lieu de travail, de création et de loisirs, avec très peu de logements. Ceux qui gravitent autour habitent le plus souvent à Christianshavn, sur le reste d'Amager ou à Holmen, à quelques minutes de vélo. L'accès facile depuis ces quartiers est d'ailleurs l'un des grands atouts de la zone.
Cela devrait changer en profondeur. La ville prépare un vaste plan d'aménagement qui transformerait Refshaleøen en un nouveau quartier mixte sur plusieurs décennies, avec plusieurs milliers de logements, des bureaux, des écoles et des espaces publics, tout en cherchant à préserver une part de l'âme créative actuelle. Le calendrier reste long et le débat vif entre densification et préservation de la friche, ce qui rend l'endroit passionnant à suivre pour qui s'intéresse à l'urbanisme de la capitale.
En attendant, si vous cherchez où poser vos valises à proximité, comparez les profils et les loyers dans notre panorama des quartiers où habiter à Copenhague, et gardez un œil sur le coût de la vie au Danemark en 2026 avant de vous décider.
Le meilleur moyen d'y aller reste le vélo
Refshaleøen se mérite un peu, et c'est ce qui préserve son charme. Depuis Nyhavn ou Christianshavn, dix à quinze minutes de vélo suffisent en longeant le port, ce qui en fait une excellente demi-journée à combiner avec le reste de la ville. Le bus 2A dessert le quartier pour ceux qui ne pédalent pas, les bus-bateaux jaunes s'en approchent et une navette maritime relie Reffen au centre en été. Si vous comptez rester, la selle reste le meilleur investissement : notre guide du vélo à Copenhague explique pourquoi la ville pédale plus qu'elle ne roule.